RÉSUMÉ : Comprendre le problème, reconnaître les facteurs liés au milieu de travail ainsi que les signes et les symptômes et prendre des mesures de prévention proactives peuvent contribuer à réduire les effets néfastes de l’épuisement professionnel sur les employés et les milieux de travail.

Comprendre le problème

L’épuisement professionnel est caractérisé par l’épuisement émotionnel, le cynisme et l’inefficacité au lieu de travail, ainsi que par des réactions négatives répétées aux situations stressantes au travail.

Bien que l’épuisement professionnel ne soit pas considéré comme une maladie mentale, on peut certainement l’aborder comme un problème de santé mentale. Selon le Journal of Applied Biobehavioral Research (cité plus bas), l’épuisement professionnel a une incidence grandissante sur les milieux de travail, en particulier dans les économies avancées et durant les périodes de ralentissement économique.

  • sont très exigeants envers eux-mêmes;
  • ont toujours le sentiment que leur travail n’est pas assez bon;
  • se sentent inadéquats ou incompétents;
  • ont l’impression que leurs efforts au travail ne sont pas appréciés;
  • doivent satisfaire à des exigences déraisonnables;
  • occupent un emploi qui ne leur correspond pas.

Comme l’épuisement professionnel peut être chronique, minant alors la santé et le rendement des employés à tous les niveaux de l’organisation, la mise en place de stratégies de prévention semble constituer l’approche la plus efficace.

Tenir compte des facteurs liés au travail

Plusieurs des facteurs organisationnels définis dans la Norme nationale du Canada sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail et dans la ressource Protégeons la santé mentale au travail comme ayant une incidence sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail peuvent aussi contribuer à l’épuisement professionnel.

Par exemple, l’épuisement professionnel guette davantage les personnes qui ont l’impression de ne pas apporter une contribution suffisante à l’organisation ou que leurs efforts ne sont pas appréciés, lorsqu’ils ont des conflits de rôles et une surcharge de travail (même s’ils affirment pouvoir la gérer) ou encore, lorsqu’ils n’ont pas d’attentes claires et prévisibles.

Les organisations peuvent trouver des façons de réduire les facteurs de stress au travail qui peuvent contribuer à l’épuisement professionnel en mettant en place un système de gestion de la santé et de la sécurité psychologiques ou en consultant des guides comme Vers un milieu de travail psychologiquement plus sain : Guide à l’intention de l’employeur.

Les gestionnaires de première ligne peuvent avoir une grande influence sur les facteurs prédisposant à l’épuisement professionnel. Pour cette raison, les personnes qui occupent des postes de gestion ou de soutien doivent être en mesure de reconnaître les signes et les symptômes de l’épuisement professionnel et savoir comment le prévenir ou intervenir. L’Évaluation du leader psychologiquement sécuritaire aide à cerner les aspects à améliorer.

Reconnaître les signes et les symptômes

La majorité des employés souffrant d’épuisement professionnel continuent de travailler. On peut déceler le problème plus rapidement en étant attentif à un changement d’attitude et de dynamisme. En effet, l’employé peut ne pas réaliser qu’il souffre d’épuisement professionnel et penser plutôt qu’il vit difficilement une période de stress. Or le stress se traduit habituellement par un sentiment d’anxiété et d’urgence, tandis que l’épuisement professionnel se manifeste ordinairement par un sentiment d’impuissance, de désespoir ou d’apathie.

L’employé n’est pas toujours conscient des effets néfastes possibles de l’épuisement professionnel sur son rendement, comme une augmentation des erreurs ou une baisse de productivité. L’employeur et ses collègues peuvent attribuer les changements qu’ils observent à une mauvaise attitude ou à une perte de motivation. Les effets négatifs de l’épuisement professionnel peuvent s’aggraver considérablement avant que quelqu’un reconnaisse ou aborde le problème. Or, si rien n’est fait, l’épuisement professionnel risque davantage de dégénérer en dépression clinique ou en un autre trouble grave.

Voici quelques-uns des signes et symptômes que peut manifester un employé souffrant d’épuisement professionnel :

  • Baisse d’efficacité et d’énergie
  • Baisse du niveau de motivation
  • Erreurs plus fréquentes
  • Fatigue
  • Maux de tête
  • Irritabilité
  • Frustration accrue
  • Méfiance
  • Accomplit moins de travail bien qu’il y consacre plus de temps

Les caractéristiques suivantes sont associées à un épuisement professionnel grave :

  • Automédication par l’alcool et d’autres substances
  • Sarcasme et négativité
  • Doute de soi débilitant

Si rien n’est fait, l’épuisement professionnel peut avoir les répercussions suivantes :

  • Mauvaise santé physique
  • Dépression clinique
  • Moins grande satisfaction au travail
  • Baisse de productivité
  • Absentéisme accru
  • Risque accru d’accidents
  • Piètre moral au travail
  • Rupture des communications
  • Roulement de personnel accru

Les mensonges qu’on se raconte

Certains employés qui se sont rétablis d’un épuisement professionnel nous ont fait part des « mensonges qu’ils se racontaient » pour nier les signes, même lorsque des êtres chers les leur faisaient remarquer. Voici quelques-uns de ces mensonges :

  • Je vais bien.
  • Ce sont vos questions incessantes qui me causent du stress.
  • J’aime mon travail.
  • Ça me fait plaisir de prendre du travail supplémentaire.
  • Je suis seulement un peu fatigué.
  • Vous ne comprenez pas, personne d’autre ne peut faire ce travail.
  • Des gens comptent sur moi.
  • Je veux vraiment être utile.
  • Tout ira mieux lorsque ceci sera fait.
  • Ça va passer, comme d’habitude.
  • Je dois revenir au sommet de ma forme.
  • Je vais prendre des vacances et ça ira mieux après.
  • Tout irait bien si les gens me laissaient faire mon travail.
  • Ce n’est pas moi qui ai des problèmes, ce sont les autres et tout le système.

La plupart des employés rétablis étaient convaincus de la véracité de ces déclarations et, dans une certaine mesure, nombre d’entre elles étaient vraies. Le « mensonge » était de nier l’impact de leur situation sur leur santé et leur bien-être et de refuser d’admettre que des changements s’imposaient. C’est ce déni qui les a éventuellement menés à l’épuisement professionnel.

Stratégies à l’intention des gestionnaires

Stratégies de prévention

  • Donnez des attentes claires à tous les employés et assurez-vous que chaque employé comprend bien ce qu’on attend de lui.
  • Assurez-vous que les employés disposent des ressources et compétences nécessaires pour satisfaire aux attentes.
  • Offrez une formation continue aux employés afin de maintenir leur compétence.
  • Aidez les employés à reconnaître leur valeur pour l’organisation et leur contribution à l’atteinte des objectifs de cette dernière.
  • Imposez un horaire de travail raisonnable, ce qui peut vouloir dire que vous devrez renvoyer chez eux à la fin de la journée les employés qui n’établissent pas clairement leurs limites.
  • Aidez à évaluer la charge de travail des employés qui se sentent contraints de travailler au-delà de la journée de travail normale. À cet égard, consultez la grille Évaluation de la productivité.
  • Fixez des attentes raisonnables et réalistes. Les organisations doivent définir clairement les activités soumises à des normes de qualité élevées et celles où la barre peut être baissée sans compromettre les besoins opérationnels.
  • Encouragez le soutien et le respect au sein des équipes de travail et entre celles-ci.
  • Encouragez l’activité physique tout au long de la journée.
  • Encouragez fortement les employés à prendre leurs pauses ailleurs que dans leur espace de travail.
  • Tenez compte de l’incidence possible des approches de leadership sur les employés qui sont vulnérables à un épuisement professionnel :
    • L’Évaluation du leader psychologiquement sécuritaire aide à évaluer et à améliorer les stratégies existantes en matière de santé et de sécurité psychologiques.
    • L’outil Interactions psychologiquement sécuritaires est un ensemble de ressources conçues suivant le principe qu’il nous arrive tous, même en tant que cadres et représentants syndicaux, d’adopter sans le savoir des comportements qui peuvent blesser des collègues et des employés.

Stratégies à l’intention des surperformants

Les personnes qui ont tendance à surperformer sont plus exposées au risque d’épuisement professionnel. Ces personnes vont souvent réagir au stress en acceptant un surplus de travail, ce qui les rend particulièrement vulnérables dans une organisation qui sollicite constamment les surperformants pour s’occuper des projets les plus exigeants et assumer des tâches additionnelles, comme devenir mentor auprès d’employés peu performants. Voici quelques stratégies pour équilibrer ces attentes :

  • Éviter de toujours faire appel aux surperformants pour compenser le manque de rendement des autres. Donnez à vos employés les plus performants l’occasion de travailler avec des collègues d’un calibre comparable. Cette approche favorise un partage plus équilibré des tâches et des pressions associées à un projet en plus de permettre aux employés impliqués d’apprendre et de grandir ensemble. Vous risquez de miner l’énergie et le moral de vos employés performants en faisant continuellement appel à eux pour combler les manques et/ou encadrer les employés moins performants.
  • Offrir des choix aux employés performants. Nombre de leaders présument que leurs surperformants veulent uniquement travailler aux projets les plus exigeants. Dans certains cas peut-être, mais au fil du temps, l’employé risque de s’éloigner de plus en plus de ce qu’il aimait de son emploi au départ. Le leader peut être surpris de la nature des projets qui intéressent réellement un employé performant.
  • Attention aux personnes qui ne savent pas dire non. Le surperformant peut accepter la moindre demande parce qu’il croit que c’est ce que l’on attend de lui, parce qu’il a de la difficulté à dire « non » ou sous-estime la quantité de temps et d’énergie à fournir. L’employé qui accepte continuellement de faire une tâche de plus peut finir par avoir l’impression de ne jamais prendre le dessus, d’être inadéquat et de ne pas répondre aux attentes. Ces pensées peuvent conduire à l’épuisement professionnel.

Favoriser le rétablissement au travail

  • Élaborer un plan pour le milieu de travail est une stratégie pratique qui permet d’appuyer l’employé possiblement atteint d’épuisement professionnel.
  • Dans le cadre du plan, il importe d’établir avec l’employé les meilleures façons de souligner ses succès et ses victoires. Il peut s’agir de félicitations personnelles et immédiates, d’activités de croissance et de perfectionnement, d’une reconnaissance publique ou de primes de rendement. Une approche de ce genre peut être bénéfique puisque l’employé en proie à l’épuisement professionnel perd souvent énormément confiance en sa compétence générale.
  • Trouvez des occasions pour l’employé d’apporter son aide ou son soutien à d’autres; cette stratégie ne conviendra pas, toutefois, si ce rôle était une partie habituelle et difficile de l’emploi avant l’épuisement. En détournant l’attention de l’employé de ses difficultés et en tirant profit de ses forces pour agir comme mentor ou coach après d’un collègue, vous pouvez contribuer à réduire l’apathie et le cynisme de l’employé.
  • Aidez l’employé à établir un ordre de priorité et à organiser ses tâches en objectifs clairs et raisonnables. Ces changements aideront l’employé à refaire le plein d’énergie et à se remettre sur pied.

Référence : BROWN, LW et QUICK, JC. « Environmental Influences on Individual Burnout and a Preventive Approach for Organizations », Journal of Applied Biobehavioral Research, vol. 18, no 2, 2013, p. 104–121.

Se remettre d’un épuisement professionnel

Les questions suivantes ont été posées aux participants d’une table ronde sur le rétablissement après un épuisement professionnel. Les participants avaient tous souffert d’un épuisement professionnel et étaient en voie de rétablissement ou déjà rétablis. Leurs perspectives et stratégies pratiques pourront aider les personnes à risque d’un épuisement professionnel et celles qui en souffrent présentement.

STRATÉGIES DE RÉTABLISSEMENT

Le rétablissement a une durée moyenne de six à neuf mois, mais il peut prendre jusqu’à deux ans. La plupart des participants ont même décrit le rétablissement comme un processus qui dure toute la vie. De nombreuses personnes ont tiré profit d’une psychothérapie assortie de counselling en groupe et de counselling en matière de toxicomanie. D’autres ont pris des médicaments sur ordonnance qui leur ont été utiles. La plupart des gens ont apporté des changements importants à leur mode de vie, en particulier à leur vision d’eux-mêmes et à leur façon de prendre soin d’eux, à leur façon de travailler et à leur approche aux autres. Voici quelques-unes de leurs stratégies.

De meilleures stratégies pour prendre soin de soi :

  • Réduisez ou éliminez l’alcool et la caféine.
  • Élaborez et suivez un régime alimentaire sain.
  • Prenez congé si l’épuisement professionnel nuit à votre capacité de fonctionner ou nécessite un traitement.
  • Veillez à inclure dans le processus de rétablissement l’adoption d’une approche saine à l’égard du travail.
  • Faites de l’exercice.
  • Marchez dans la nature.
  • Faites du jardinage.
  • Trouvez un loisir créatif comme la peinture.

Changer sa façon de penser et son mode de vie :

  • Donnez de l’importance à vos réalisations au quotidien.
  • Évitez de vous critiquer inutilement.
  • Offrez-vous un cadeau à votre anniversaire ou à toute autre journée de fête.
  • Aménagez un espace de sérénité et de tranquillité dans votre maison.
  • Gardez votre environnement organisé et en ordre.
  • Écrivez tous les jours dans un journal de gratitude comme moyen de vous centrer sur les aspects positifs de votre vie.
  • Rédigez une liste des choses de votre vie que vous aimez et qui ont de la valeur à vos yeux, et affichez-la sur le réfrigérateur ou à tout autre endroit où vous la verrez chaque jour.
  • Nourrissez votre spiritualité en vous recueillant dans le silence, la méditation ou la prière.

Changer sa façon de voir et d’accomplir son travail :

  • Cessez de faire plusieurs tâches en même temps pour vous concentrer sur une seule à la fois.
  • Travaillez à un rythme raisonnable et stable.
  • Décomposez les tâches et les projets qui semblent trop gros en sections plus faciles à réaliser.
  • Reconnaissez et soulignez vos petites victoires en cours de route.
  • Dites à votre son gestionnaire que vous voulez réussir au travail et demandez-lui comment votre réussite sera mesurée.
  • Prenez les pauses auxquelles vous avez droit.
  • Ne faites pas d’heures supplémentaires lorsque ce n’est pas nécessaire.
  • Même si vous devez fournir vos coordonnées en cas d’urgence, essayez le plus possible de décrocher du travail durant vos vacances.

Améliorer ses relations :

  • Établissez des limites pour vous-même par rapport à ce que vous voulez et ne voulez pas faire; apprenez à dire non.
  • Éviter les gens et les situations toxiques.
  • Apprenez à vous sentir à l’aise de dire « je ne sais pas ».
  • Tenez-vous à l’écart des médias qui transmettent des images et des messages troublants.
  • Engagez-vous davantage auprès de vos amis, des membres de votre famille ou de votre communauté.

STRATÉGIES DE MIEUX-ÊTRE

Tous les participants à la table ronde avaient un plan pour continuer à se sentir bien, plan qui représentait le prolongement de leur rétablissement après leur épuisement professionnel. De nombreuses personnes ont ajouté des stratégies afin de détecter les signes précurseurs de stress ou de détérioration de la santé mentale. Dès qu’ils reconnaissaient les signes d’épuisement professionnel, ils commençaient à prendre des mesures préventives.

Éléments d’un plan de soin personnel pour prévenir l’épuisement professionnel :

  • Élaborez une liste de stratégies pour prendre soin de vous : tenue d’un journal personnel, méditation, massage, yoga, lecture, musique, pleine conscience, étirements, taï-chi, danse, techniques de respiration, etc.
  • Chaque semaine, mesurez les pas que vous avez faits en lien avec les stratégies choisies.
  • Ajustez la liste au besoin pour la semaine à venir.
  • Déterminez vos priorités pour la semaine, le mois et l’année – en s’assurant qu’elles soient raisonnables. Écrivez-les et revoyez-les souvent pour garder le cap sur les choses importantes.
  • À l’aide des principes de pleine conscience, faites un scan corporel chaque semaine pour découvrir les zones de tension – déterminez la source des tensions et, au besoin, obtenez du soutien ou un traitement.
  • Prenez le temps de vous recentrer et de vous enraciner par le silence, la prière ou la méditation; rappelez-vous ceci : « le silence à l’intérieur de moi n’est pas en guerre avec le chaos autour de moi ».

Détecter les signes précurseurs d’une détérioration de l’état de santé et passer à l’action

  • Écrivez à quoi ressemble l’épuisement professionnel pour vous (colère, frustration, épuisement, etc.) afin de pouvoir l’identifier rapidement et de prendre les mesures qui s’imposent pour prévenir une rechute.
  • Si vous vous sentez accablé, demandez de l’aide, déléguez des tâches ou recadrez vos priorités.
  • Prenez contact avec les gens qui se soucient de vous.
  • Demandez le soutien de personnes de confiance.
  • Apprenez à verbaliser vos sentiments afin d’éviter d’autres épisodes d’épuisement professionnel.
  • Réduisez ou éliminez l’exposition aux personnes négatives et toxiques dans votre vie.
  • Participez à des rencontres et à des ateliers pertinents sur la santé mentale.