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Vous souvenez-vous de ces scènes de films dans lesquelles un étudiant se retrouvait anéanti après avoir été humilié par un professeur sarcastique? Bien souvent, l'étudiant partait en courant pour aller pleurer à l'extérieur de la salle de cours, laissant tomber au passage une traînée de documents. Bien que ces scènes hollywoodiennes ont su nous faire rire, le sentiment de déjà-vu a laissé à certains d'entre nous un arrière-goût plutôt amer.

Heureusement, de plus en plus d'établissements d'enseignement au Canada protègent la santé mentale pour les étudiants et en font la promotion par l'entremise, notamment, de campagnes de sensibilisation et en donnant l'accès à des conseillers. Bien souvent, la meilleure approche consiste à former les personnes qui sont amenées à interagir avec les étudiants au quotidien. Lors de discussions avec des éducateurs, nous avons compris que ceux-ci considèrent la détection des élèves ayant des problèmes comme partie intégrante de leur travail.

Dr Michael Teed, professeur agréé à l'Université Bishop, et Jan Wong, professeure de journalisme à l'Université St. Thomas, affirment tous les deux qu'ils abordent les questions du stress et de la santé mentale avec leurs étudiants en début d'année scolaire. « Lorsque je vois des étudiants qui semblent être aux prises avec des difficultés liées à la santé mentale comme de l'anxiété ou de la dépression, je vais habituellement vers eux et je leur demande s'ils vont bien. Dans certains cas, s'ils ont besoin d'aide ou s'ils ont des problèmes, je m'assure qu'ils sont au courant de la présence du bureau d'un conseiller sur le campus. Il m'est même déjà arrivé d'accompagner certains étudiants pour les aider à fixer un rendez-vous », explique M. Teed.

Mme Wong quant à elle fait référence à son expérience personnelle relative à la dépression pour s'assurer que les étudiants aux prises avec ce genre de problème sachent qu'ils ne sont pas seuls. « J'aborde le sujet avec les étudiants afin qu'ils sachent que ma porte est toujours ouverte s'ils ont besoin d'aide », explique-t-elle.

Malgré les progrès réalisés, certains établissements d'enseignement ne se montrent pas aussi progressistes en ce qui concerne la protection de la santé mentale des membres du personnel et du corps enseignant. Toutefois, certains groupes comme la Communauté canadienne de pratique universitaire/collégiale axée sur le mieux-être en milieu de travail réunissant des professionnels du mieux-être de partout au pays qui échangent des idées et élaborent des ressources participent au changement.

« Ces groupes représentent des occasions extraordinaires pour ceux d'entre nous qui se consacrent à ces questions dans nos milieux de travail. Ils nous permettent de nous rassembler afin de partager les pratiques exemplaires et d'apprendre grâce à un réseau de soutien », explique Tracey Hawthorn, coordonnatrice du programme de mieux-être et de réintégration et d'accommodement au travail de l'Université de la Colombie-Britannique.

Mme Hawthorn explique que l'un des défis auxquels s'intéresse la communauté de praticiens est la stigmatisation, qui continue à être un problème pour les étudiants, le corps enseignant et les membres du personnel. « Les professeurs en début de carrière semblent être particulièrement hésitants à parler de leurs propres problèmes de santé mentale », explique-t-elle. « Cet état de choses est peut-être lié à la crainte de perdre la possibilité d'obtenir leur titularisation. »

Le groupe reconnaît que les meilleurs gestionnaires sont ceux qui possèdent l'intelligence émotionnelle de composer avec les problèmes de santé mentale présents parmi les employés. « Toutefois, certains gestionnaires ont encore de la difficulté à reconnaître les problèmes de santé mentale et à composer avec ceux-ci, y compris leurs propres problèmes », affirme Mme Hawthorn. À l'Université de la Colombie-Britannique, des sondages ont révélé qu'en général les hommes du corps professoral qui se trouvent dans la tranche d'âge de 40 à 60 ans sont moins enclins à chercher de l'aide pour leurs problèmes de santé mentale et continuent de lutter seuls. Les cadres indiquent également qu'ils sont moins portés à prendre des mesures pour prendre soin de leur propre santé mentale et qu'ils sont peu enclins à discuter de ces problèmes. Mme Hawthorn ajoute qu'elle espère que les efforts de la communauté de praticiens de même que la discussion et la sensibilisation accrue contribueront à diminuer la prévalence de ces problèmes chez les prochaines générations.

Mme Hawthorn conseille aux autres intervenants du secteur de l'éducation de faire concorder les initiatives en matière de santé mentale avec les objectifs existants au sein de l'établissement. « Cela aidera à engranger un soutien plus solide de la part de la haute direction, ce qui peut s'avérer crucial pour les efforts en cours », selon elle.